Vous êtes probablement déjà tous informés des appels à la grève lancés par l’ISNI, l’ISNAR et divers collectifs ou syndicats pour les prochains jours.

La situation étant confuse et peu lisible, voici une rapide synthèse des différents enjeux de ces manifestations :

  • Grève « Hôpital Public » du samedi 30 novembre 2019
    • En réponse à l’appel du Collectif Inter-Hôpitaux à manifester pour la défense de l’Hôpital public, l’ISNI (Intersyndicat national représentant les internes) a déposé un préavis ouvrant à l’ensemble des internes de France la possibilité de se déclarer gréviste du vendredi 29/11 à 18h30 au dimanche 01/12 à 8h30, afin de permettre à ceux qui le souhaitent de participer aux manifestations locales de ce samedi.
    • Il s’agit donc de revendications globales touchant à l’organisation de l’Hôpital public en France : Hausse de l’ONDAM, abrogation de l’article 3 du PLFSS (dit « financement des mesures gilet jaunes »), hausses salariales globales et de l’attractivité, embauches et arrêt de la fermeture de lits etc.
    • Les internes, tout comme les médecins titulaires ou tout autre professionnel ou usager du système de santé, sont donc concernés par ces revendications et l’ISNI a choisi de soutenir le Collectif Inter-Hôpitaux, à l’image de nombreux syndicats de médecins.
  • Grève « générale » du 5 décembre
    • Il s’agit d’un appel à la grève contre la réforme des retraites émanant de syndicats nationaux type FO, CGT etc.
    • L’ISNI n’a pas prévu de soutenir cette manifestation.
  • Grève « des internes » à partir du mardi 10 décembre
    • Il s’agit cette fois-ci d’un appel à la grève des internes émanant de l’ISNI, le préavis couvrant donc encore une fois l’ensemble des internes français.
    • Les revendications sont donc centrées autour du statut de l’interne, et très diverses : revalorisation pécuniaire, décompte du temps de travail, réforme du 3ème cycle…
    • Il s’agit cette fois d’une grève débutant le 10 décembre pour une durée non-limitée, et une manifestation est prévue le 17 décembre à Paris, conjointe à la manifestation du Collectif Inter-Hôpitaux.

A Strasbourg, ce lundi 26/11, nous avons mené une assemblée générale conjointe entre le SAIHCS et SARRA-IMG afin de définir la position des internes sur le plan local.

Les internes strasbourgeois souhaiteraient alerter sur deux problèmes qui leur semblent aigus et urgents :

  1. La réforme du 3ème cycle et notamment la procédure dite « de Big Matching » devant débuter au printemps 2020, dans moins de 6 mois : absolument rien n’est prévu.
    • Modalité d’affectation qui retire aux coordonnateurs de DES et aux internes le contrôle des parcours de formation, et qui transfère ce pouvoir à l’ARS et à l’ensemble des chefs de services des hôpitaux de la région qui souhaiteront recevoir des « docteurs juniors » pour leurs services.
    • Le logiciel de répartition n’a pas encore été développé par l’UNESS, et les développeurs ne sont même pas encore engagés.
    • Les terrains de stage ne sont pas agréés, et les critères des dossiers de demandes d’agrément ne sont toujours pas définis.
    • Personne ne sait comment intégrer les internes décalés d’un semestre par une disponibilité ou une année-recherche. Ni ceux qui n’auront pas passé leur thèse à l’issue de la phase d’approfondissement.
    • Les stages inter-CHU hors région Grand-Est en dernière année d’internat ne sont plus possibles : fini le perfectionnement à un stade « plus mature » des internes.
    • Le statut du « Docteur Junior », thésé mais pas diplômé, n’est pas défini clairement (rémunération, responsabilités, encadrement…).
  2. L’ordonnance dite « Loi anti-cadeaux »
    • La ratification récente de cette ordonnance datant du quinquennat Hollande a créé en France une perte de financement pour la formation des internes estimée à 150M€, qui étaient jusque-là déboursés par l’industrie (organisation de colloques, journées de formation, participation à des congrès, financement de DU/DIU…).
    • A Strasbourg, la majorité des DES ont été impactés par cette ordonnance, plusieurs formations et participations à des congrès ont été annulées, et plusieurs associations d’internes qui organisaient jusque-là des formations financées par l’industriel sont actuellement en péril.

Les autres revendications évoquées par l’ISNI (décompte du temps de travail, repos de sécurité, revalorisation du salaire de l’interne, de l’indemnité de garde etc.) ont toutes été reconnues par les internes de Strasbourg comme réelles, mais largement secondaires face aux deux problèmes précédents qui impactent et impacteront gravement notre formation.

Les internes de Strasbourg souhaitent :

  1. Une répartition des internes en phase de consolidation telle qu’elle a toujours été faite jusque-là (concertation avec les coordonnateurs de DES et choix par rang d’ancienneté et de classement), refusent le système « Big Matching », et souhaitent conserver la possibilité d’inter-CHU au cours de leur dernière année d’internat.
  2. Une révision de l’ordonnance dite « loi anti-cadeaux », avec la création d’une note explicative du gouvernement afin d’expliciter à l’industriel sa mise en œuvre (possiblement « trop conservatrice » actuellement), la création d’un label décerné par les collégiales d’enseignants et Facultés attestant du caractère « sain » d’une formation et autorisant son financement, et l’ouverture d’une enveloppe par le gouvernement visant à compenser autant que possible le manque à gagner créé par le retrait forcé des industriels.

Ainsi, afin de défendre leur formation, les internes de Strasbourg participeront à la grève nationale des internes du 30 novembre et à partir du 10 décembre.